Miroir de l'âme : rencontres d'âmes et d'esprits

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 Pinterovic'-Psychanalyse, charlatantisme, scientisme, infantilisation

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GnOlus le gnome
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MessageSujet: Pinterovic'-Psychanalyse, charlatantisme, scientisme, infantilisation   Ven 6 Nov - 15:01

Au secours, mes «dirigeants» sont malades!


Manifestement, nous assistons à une sorte de nouvelle «croisade» ou de djihad (c'est dans l'air du temps, du reste!), mais cette fois au nom de la «science» (mieux vaudrait dire: du scientisme, du fondamentalisme dit scientifique) et de la «raison» (en fait, du rationalisme intégriste), et qui prend de plus en plus les allures d'une chasse aux sorcières.
Je voudrais simplement faire quelques mises au point inspirées par l'article de Pascale Gruber (Le Vif-L'Express, n°12/2803 du 25 au 31 mars 2005, pp. 30-31).
1) La psychanalyse de Sigmund Freud, en tant que première psychologie médicale un peu complète, est en même temps la première psychothérapie, et la plus ancienne, en tant que thérapie psychologique, dont toutes les autres procèdent peu ou prou. On sait qu'elle fut «reçue» sur les baïonnettes de la psychiatrie «scientifique» universitaire pendant très longtemps. C'est que l'existence de la psyché inconsciente (je préférerais dire, avec Jung, de l'âme, n'était-ce sa connotation religieuse – odieuse à certains «combattants de la Raison») fut et reste bien évidemment le vrai scandale.
2) Il est vrai que nous vivons à une époque de désarroi spirituel et donc de prolifération de toutes sortes de thérapies, de «techniques» spirituelles, de sectes, et donc forcément aussi de charlatanismes et d'escroqueries (spirituelles) diverses, qu'annonçait d'ailleurs déjà l'Apocalypse de Saint Jean. Mais est-ce une raison suffisante pour considérer tous les «professionnels de l'amour du prochain», comme disait ironiquement Wolfgang Schmidbauer, automatiquement comme des escrocs ou des charlatans? Mon collègue zurichois Adolf Guggenbühl-Craig (psychiatre et psychanalyste jungien) définissait ainsi le charlatan: «Par là, je ne désigne pas un médecin ou un non médecin qui chercherait à aider un malade par des méthodes qui ne seraient pas tout à fait orthodoxes ou conformes à la médecine académique, mais des médecins qui, dans les meilleurs cas, trompent leurs patients et eux-mêmes, dans les pires, uniquement leurs patients. Ils s'aident davantage eux-mêmes – financièrement et par un gain de prestige – que les malades qui s'adressent à eux.» Les diplômes, en effet, ne protègent pas du charlatanisme. Ils n'en sont pas un garant, comme on aurait tendance à le croire actuellement. C'est l'éthique personnelle du thérapeute qui est la seule garantie possible; et elle ne peut être en aucun cas «conférée» par des cours universitaires ou par un diplôme. La devise du charlatan pourrait être cette phrase du Docteur Knock (qui est, pourtant, détenteur d'un diplôme de médecine en bonne et due forme!) dans la pièce géniale du même nom de Jules Romains: «Il n'y a pas de gens bien portants, il n'y a que des malades qui s'ignorent.»
3) Il y a une différence essentielle entre la psychanalyse (et la psychothérapie en général) et les autres domaines du savoir humain. Toutes les écoles de psychanalyse s'accordent au moins sur une chose: on ne peut devenir psychanalyste, si on ne s'est pas soumis soi-même à une psychanalyse personnelle approfondie. On ne peut pas venir en aide aux autres, s'occuper de la pathologie des autres, si on n'a pas fait le tour complet (ce qui est évidemment utopique!) de sa propre pathologie, de savoir qui on est vraiment. Il faut d'abord savoir qui on est, avant de pouvoir aider les autres à devenir qui ils sont, au risque de toutes les dérives pathologiques possibles et imaginables. La formation et les diplômes ne dispensent pas les futurs (psycho)thérapeutes de ce travail immense. Il y a là, en effet, un savoir qui ne se transmet pas sur les bancs d'école, dans les auditoires, dans les cours ou dans les bouquins, ce qui ne diminue en rien évidemment l'importance d'une formation théorique et pratique sérieuses. Bien des psychiatres, des psychothérapeutes de tout poil, et même des médecins généralistes commencent de plus en plus à s'en rendre compte.
4) En ce qui concerne «l'autoproclamation» du thérapeute, que Pascale Gruber semble agiter avec frénésie comme une sorte de critère magique qui permettrait de distinguer les thérapeutes «authentiques» des «charlatans», il faut tout de même rappeler la fameuse phrase de Jacques Lacan: «Le psychanalyste s'autorise de lui-même et de quelques autres» – constatant par là la faillite de son procédé de «passe». Il existe une abondante littérature (toutes écoles confondues) sur la difficulté de reconnaissance du statut de thérapeute (psychanalyste), car s'y mêlent toujours des questions de prise de pouvoir. Mais la situation n'est guère meilleure dans d'autres secteurs de la vie: écoles, universités, entreprises, associations et, last but not least, sectes diverses. La seule différence, mais essentielle, c'est que les psychanalystes en parlent. Un psychanalyste jungien américain très réputé, lors de son interview à l'occasion de son quatre-vingtième anniversaire, répond à la question de l'intervieweur sur ses diplômes de formation: «J'ai une lettre de recommandation de mon analyste Jung!»
5) Quant au «lien d'emprise» ou au «viol psychique» que les «pseudo-thérapeutes» imposeraient à leurs «clients-victimes», il s'agit là d'un phénomène qui a été fort bien décrit depuis bien longtemps déjà par Freud (et Jung) sous le nom de transfert. Les patients transfèrent, projettent une figure parentale (Freud) ou une figure mythique (Jung) inconsciente sur le thérapeute. Ce phénomène n'a cependant pas été inventé par la psychanalyse, même si elle lui a donné un nom; il n'a été que décrit par elle. Il se passe tous les jours dans toutes nos relations quotidiennes de la vie: il est à l'œuvre dans les amitiés, les amours (couple), dans le monde du travail: combien n'y a-t-il pas d'employés qui transfèrent (projettent) l'image du «père tyrannique» (parfois avec raison!) sur leur patron? Il est évident que des tas de gourous et de fondateurs de sectes profitent de ce phénomène pour s'attacher des adeptes, parfois inconsciemment (quand ils sont fous), et parfois sciemment (quand ils sont pervers). Encore une fois, les psychanalystes seuls analysent ce phénomène au lieu de le subir ou de s'en servir. Malheureusement, beaucoup de psychologues professionnels non (ou mal) analysés, deviennent des gourous sans qu'ils le sachent, simplement parce qu'ils ignorent l'action du transfert dans leurs relations thérapeutiques.
6) Créer des associations professionnelles pour protéger les citoyens «usagers-psy» des charlatans, escrocs et autres «gourous»? Ce type de démarche, tout comme la tentative de «légiférer» sur la «protection» du titre de psychothérapeute, me semble relever également d'une idéologie en vogue qui met inconsciemment en place un État paternaliste (maternant, d'ailleurs, on ne peut plus, et les citoyens infantiles bénéficiaires y contribuent d'ailleurs à qui mieux mieux!) qui infantilise ses citoyens en essayant de les protéger de quelque chose dont ils devraient être capables, en tant qu'adultes, de se protéger eux-mêmes. Alors, au lieu de créer tant et plus des lois qui «protègent» les citoyens contre eux-mêmes, il serait peut-être temps d'attaquer le mal à sa racine, à savoir, revoir sérieusement la politique de l'enseignement (ce dont votre hebdomadaire s'est acquitté dans la même livraison). Si l'État doit protéger ses citoyens contre eux-mêmes, c'est que l'enseignement ne leur fournit plus les armes nécessaires pour se défendre eux-mêmes: une culture générale minimale (un minimum de connaissances générales) et un jugement critique personnel sur les informations; l'enseignement ne peut avoir d'autre but. Et je crois savoir ici de quoi je parle: j'ai en-saigné pendant plus de trente ans. Un citoyen ainsi éduqué, même s'il a des problèmes psychologiques graves, devrait, dans ces conditions, pouvoir distinguer entre un psychothérapeute valable et un faux gourou. Un exemple, en ce qui concerne notre «belgitude». Pourquoi n'y a-t-il pas un cours de psychologie obligatoire dans le programme de l'enseignement secondaire supérieur (cycle de détermination) au même titre que les cours de biologie, chimie, physique, histoire, géographie… informatique? C'est comme si la psychologie ne faisait pas partie de notre vie quotidienne…
7) La caricature (de Vadot?), qui accompagne l'article, est délétère dans le sens où elle pratique l'amalgame: charlatanisme=escroquerie=Krishna=lévitation=bâton d'encens. C'est irrespectueux pour ceux qui aiment faire brûler de l'encens sans aucune connotation idéologique ou mystique que ce soit; c'est encore plus irrespectueux pour une grande philosophie qu'est le bouddhisme.
Cool Une remarque psychanalytique pour conclure. Si l'intention consciente des «croisés pour la science» de protéger les «pauvres» citoyens ignares ou du moins psychiquement «paumés», et livrés dès lors sans merci à la manipulation mentale et à l'escroquerie financière des «faux psy», est certes louable, il existe peut-être aussi une motivation inconsciente moins avouable, sinon louable: prendre le contrôle corporatiste exclusif du «marché de la patientèle», ce qui n'a évidemment rien à voir avec «l'amour du prochain», mais beaucoup avec la soif du pouvoir et la cupidité.

Antoine Pinterović
professeur en retraite
psychanalyste (jungien) à Bruxelles

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MessageSujet: Re: Pinterovic'-Psychanalyse, charlatantisme, scientisme, infantilisation   Jeu 28 Jan - 20:45

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