Miroir de l'âme : rencontres d'âmes et d'esprits

Miroir de l'âme : rencontres d'âmes et d'esprits

Cet espace vous est offert pour échanger sur l'oeuvre de C.G.Jung et la psychologie ... pour partager votre vision du monde et vos ressentis
 
AccueilPortailGalerieFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Eros, poésie et psyché

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
GnOlus le gnome
Admin
avatar

Nombre de messages : 4400
Age : 33
Localisation : Sous un champignon, contemplant l'automne
Date d'inscription : 03/07/2007

MessageSujet: Eros, poésie et psyché   Lun 18 Fév - 18:56

Ce texte est de mon psy. Ca parle d'Eros, Psyché et de la poésie.

Citation :
PRÉFACE DU TRADUCTEUR

«C'est cet admirable, cet immortel instinct du beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles comme un aperçu, comme une correspondance du Ciel. La soif insatiable de tout ce qui est au-delà, et que révèle la vie, est la preuve la plus vivante de notre immortalité. C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par la musique et à travers la musique, que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau.»
Charles BAUDELAIRE


Peu de choses dans l'existence humaine valent l'amour et la poésie.
Ce petit dieu, qui est aussi un démiurge géant et archaïque, est également, chez les anciens Grecs le créateur du monde. Il se fiche de nos misérables règles humaines, il se fiche du temps, de la vieillesse, il se fiche de l'espace, des distances. On pourrait évidemment en citer une pléthore de définitions, mais comme l'a observé Carl Gustav Jung, il est en fait indéfinissable: «L'homme peut donner à l'amour tous les noms possibles et imaginables dont il dispose, il ne fera que s'abandonner à des illusions sans fin sur lui-même. S'il possède un grain de sagesse, il déposera les armes et appellera ignotum per ignotius – une chose ignorée par une chose encore plus ignorée – c'est-à-dire du nom de dieu.»
Il n'en va pas autrement de la poésie. J'avais toujours apprécié, depuis qu'elle me fut transmise par mon professeur de la classe de poésie (j'avais alors dix-sept ans!), cette admirable tentative de définition par Henri Bremond: «Il y a d'abord et surtout de l'ineffable (…) Tout poème doit son caractère proprement poétique à la présence, au rayonnement, à l'action transformante et unifiante d'une réalité mystérieuse que nous appelons "poésie pure".» Car la poésie, comme l'amour, est d'abord un état avant de devenir un acte. Elle non plus n'est donc pas définissable. Mais on peut la décrire. Par une anecdote déjà ancienne, par exemple.
J'étais tôt le matin sur le chemin de l'école pour rejoindre mes élèves. Le temps était plutôt maussade, je n'étais pas de bonne humeur, j'avais envie de dire avec Saint-Exupéry: La vie, ce harnais! Et tout à coup, je vis un moineau qui se désaltérait à deux pas de moi dans une flaque d'eau. Il buvait, puis relevait sa petite tête pour déglutir. Mon cœur se mit soudain à battre fort apparemment sans raison; toutes les passantes me parurent belles; je me mis à fredonner un air; le monde était de nouveau beau et aimable au sens propre.
La poésie, comme l'amour, engendre un état proprement mystique.
Mais lorsque l'amour et la poésie se conjuguent, cette conjonction proprement mystique représente sans doute un des sommets spirituels les plus élevés auquel l'âme humaine puisse accéder en ce bas monde. Mais pourquoi donc trouvères et troubadours ont-ils joui d'une telle audience? Pourquoi Pétrarque? Pourquoi Dante? Pourquoi Les Fleurs du mal? L'amour et la poésie sont tellement imbriqués l'un dans l'autre qu'on peut tout aussi bien arriver à la poésie par l'amour qu'à l'amour par la poésie. Comment expliquer sinon que tant d'adolescents écrivent de la poésie, même si elle n'est pas transcendante, quand ils sont amoureux? que tant de vieux, quand ils sont amoureux, reviennent à la poésie?
Traduire de la poésie n'est pas la même chose que traduire de la prose; le pire sans doute, c'est de convertir la poésie en prose, car, comme le disait à juste titre Paul Valéry, «mettre en prose, c'est mettre en bière»! Je pense que seul un poète – même s'il n'est pas socialement reconnu comme tel – peut valablement traduire la poésie. Les tout grands traducteurs – Baudelaire et Mallarmé pour Edgar Allan Poe, par exemple, – en sont la preuve tangible, sans parler des nombreux poètes romantiques qui ont tous été, peu ou prou, traducteurs de la poésie.
C'est en traduisant les poèmes de Xénia que j'ai pleinement saisi ce qui est au fond du travail de traduction de la poésie. Le traducteur est placé dans une situation assez inconfortable, surtout s'il est au départ philologue de formation. Il est au cœur d'un conflit entre la fidélité au texte original et l'interprétation selon l'inspiration que le texte original lui transmet. Qu'est-ce que cela représente concrètement dans mon propre travail de traduction des poèmes de Xénia? Je maîtrise passablement l'anglais surtout à force de nombreuses lectures, mais j'aurais certainement des difficultés à faire en anglais mes emplettes au marché! Je me suis donc entouré d'un certain nombre de dictionnaires bilingues et unilingues. J'y cherchais souvent frénétiquement le mot juste, mais pas au sens de la fidélité au texte original, mais au sens de la fidélité à l'émotion originale que je devais transmettre au lecteur. Et, ô paradoxe, en feuilletant les dictionnaires, souvent, un mot, que je n'ai pas trouvé dans les dictionnaires, se présentait à mon esprit, et j'avais une certitude absolue que c'était le mot juste, sa justesse étant garantie par mon inconscient le plus profond.
Certes, comme je viens de le dire, ce travail était inconfortable. Mais cet inconfort m'était payé au centuple par le ravissement que j'en retirais et qui agissait en moi comme une drogue. Car c'est ce petit dieu facétieux – qui ne respecte rien et que j'ai évoqué au début de cette Préface – qui m'a pris par la main et qui m'a mené exactement là où je devais aller, alors que la neige a déjà recouvert ma barbe et ce qui me reste de cheveux. Il suffisait de se laisser guider! Je n'en dirai pas plus.

Antoine Pinterović
Écrit à Forest
en l'an 2007
à l'entrée de l'hiver


_________________
"Quand l'amour s'en va, c'est le pouvoir qui prend sa place" Jung

Comme un gnOme : http://www.youtube.com/watch?v=7GN1I7M3yCc

Ofélia, puisses tu guider les êtres vers le Coeur, âme soeur, pour qu'ils puissent vivre avec l'Amour jusqu'à la fin de leur chemin, de leurs jours ; moi, je viens avec toi, tiens prends ma main ... : http://www.youtube.com/watch?v=GQCUF8ZvQTU&feature=player_embedded
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://clidre.skyblog.com
 
Eros, poésie et psyché
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Eros et Psyché
» Psyché
» cake psychédélique
» [Zoologie - Ichtyologie] Le poisson psychédélique
» [Info] Rupture Psyché et Limite de Corps

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Miroir de l'âme : rencontres d'âmes et d'esprits :: Accueil :: Espace de lecture publique-
Sauter vers: